SNCF : la «colère froide» du Technicentre de Châtillon à l’origine de la grève

SNCF : la «colère froide» du Technicentre de Châtillon à l’origine de la grève


Accueil glacial, ce lundi, devant le technicentre TGV Atlantique de Châtillon (Hauts-de-Seine), qui tourne au ralenti depuis quelques jours. Rares sont ceux qui sortent du site à accepter de parler à la presse. Certains salariés, tout de même, finissent par évoquer leurs conditions de travail sur le trottoir. Mais toujours sous couvert d'anonymat.

Le technicentre, c'est d'abord une géographie particulière. Le pont des Suisses, impressionnant ouvrage de béton qui sépare Châtillon et Bagneux (Hauts-de-Seine), divise le centre de maintenance des TGV de la ligne Atlantique en deux parties.

Il y a ceux d'en bas, qui s'occupent des réparations les plus rapides, en 20 minutes seulement pour certaines, et ceux d'en haut qui gèrent les réparations les plus lourdes, les accidents qui impliquent une voiture ou un sanglier, par exemple, et qui nécessitent entre plusieurs heures et plusieurs jours de travail.

«C'est le centre des cocus et des divorcés»

C'est le centre d'« en bas » qui bloque. Il accueille 200 agents en tout et eux seuls étaient concernés par le changement de conditions de travail proposé par la direction. « En bas, c'est les trois-huit, sept jours sur sept, avec une cadence très soutenue et la pression pour tenir les délais, décrit un mécanicien du haut. Les TGV doivent repartir au plus vite à la gare Montparnasse. Moi je ne voudrais pas y travailler, on n'a pas de vie quand on y est, c'est le centre des cocus et des divorcés… »

Bien que leur centre, qui compte entre 450 et 500 salariés, ne fonctionne pas sur le même rythme de travail, une partie de ceux « du haut » soutient les grévistes. « J'ai commencé à travailler ici il y a 12 ans, après un bac pro. J'ai été embauché à 1 200 euros par mois, je ne suis même pas à 1 500 euros aujourd'hui. Avec nos salaires, on ne s'en sort pas. C'est un bon métier, mais nous ne sommes pas assez payés », raconte ce salarié.

« En bas, c'est violent. Pas physiquement, non, l'ambiance est calme, plutôt une colère froide. Mais il n'y a rien qui bouge. Donc ça va durer », détaille un mécanicien.

Le centre du haut continue le travail, mais l'acheminement des trains est devenu compliqué. « Il y a ce qu'on appelle des jockeys, du personnel qui déplace les TGV et les conduit d'ici jusqu'à la gare Montparnasse. Chez eux, le mouvement est très suivi, alors peu de machines sont déplacées chaque jour », détaille un salarié.

«Les perdants, ce sont les usagers et nous»

« Bloquer les gens qui voyagent, ce n'est pas notre objectif. Mais nous n'avons pas d'autre choix pour que la direction nous entende. Les perdants ce sont les usagers et nous », explique un autre salarié.

Source : Le Parisien