BlackRock, l’encombrante conseillère de la Commission européenne

BlackRock, l’encombrante conseillère de la Commission européenne


La multinationale américaine, première gestionnaire d’actifs au monde, est pour les Verts et des dizaines d’autres eurodéputés membres de plusieurs groupes au cœur d’un conflit d’intérêts.

Le groupe des Verts au Parlement européen a réclamé, vendredi 17 avril, une enquête à la médiatrice de l’Union, Emily O’Reilly, sur un étonnant appel d’offres de la Commission de Bruxelles : désireuse d’incorporer dans la surveillance bancaire « les facteurs environnementaux et sociaux », celle-ci a conclu un contrat avec la société américaine BlackRock. La multinationale américaine, première gestionnaire d’actifs au monde, est pour les Verts – et des dizaines d’autres eurodéputés, membres de plusieurs groupes – clairement au cœur d’un conflit d’intérêts.

Le fonds gérant quelque 6 500 milliards de dollars d’actifs (5 980 milliards d’euros) est notamment l’un des plus gros investisseurs dans les grandes compagnies pétrolières. Sa mission de consultance ne consistera-t-elle pas, dès lors, à protéger ses propres intérêts en prônant des règles, notamment environnementales, « souples » pour le secteur énergétique ? C’est la question posée à Mme O’Reilly, ainsi qu’à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. BlackRock – par ailleurs actionnaire de 18 sociétés du CAC 40 et de très grandes banques – est également un gros investisseur dans l’armement, ce qui pose des questions sur sa légitimité à intervenir dans le domaine social, jugent les auteurs des lettres.

« Dumping »

La Commission minimise la portée de l’affaire. L’attribution du marché se serait déroulée dans le respect des règles, même si beaucoup s’étonnent que son montant, estimé au départ à 550 000 euros, ait finalement été ramené par BlackRock à 280 000 euros, quasiment certaine, dès lors, de remporter l’appel d’offres. « Le montant est anormalement bas », juge l’eurodéputé EELV Damien Carême. « Les tâches pourront-elles être correctement exécutées avec une offre aussi peu chère, l’étude sera-t-elle réellement réalisable ? », interroge-t-il. La lettre à la présidente de la Commission mentionne le « dumping » et le soupçon que le groupe américain aura « intentionnellement soumis une offre déficitaire afin d’augmenter ses chances d’obtenir [le marché] et d’influencer le processus décisionnel de l’Union européenne ».

Interrogée vendredi, la Commission affirme que le contrat a été conclu en tenant compte, notamment, d’éventuels conflits d’intérêts. Et qu’en toute hypothèse, la contribution de BlackRock – qui serait rendue publique – ne sera que l’un des nombreuses contributions qu’elle a sollicitées. Une question, celle de l’image a, en tout cas, été négligée : le retour des grands lobbys dans l’enceinte de la « Commission géopolitique » de Mme von der Leyen.

Source : Le Monde