Accident de TER : inquiétant dialogue de sourds à la SNCF

Accident de TER : inquiétant dialogue de sourds à la SNCF


La maison SNCF brûle et pourtant direction et gouvernement regardent ailleurs. Voilà le sentiment qui prédomine chez les syndicats de cheminots quarante-huit heures après l'échec de la réunion avec la direction et la publication du rapport interne sur l'accident du TER du 16 octobre dans les Ardennes, qui a fait 11 blessés et mis le feu aux poudres en déclenchant une vague d'arrêt de travail des cheminots.

« Cette direction n'a rien compris, résume amer Didier Mathis, secrétaire général de l'Unsa. Elle ne veut pas ajouter de contrôleurs aux trains qui circulent avec seulement un conducteur. Pour elle, la sécurité est assurée. » Et pourtant, selon les syndicats, on a frôlé la catastrophe. « En cas d'accident, la procédure prévoit de bloquer les portes du train pour éviter que les passagers déambulent sur les voies et se fassent percuter par un autre train, poursuit Didier Mathis. Mais pendant les quinze minutes où ils sont restés seuls, ils ont brisé les vitres et sont sortis. Et ça, le rapport ne le mentionne pas. Avec un contrôleur, ça ne serait jamais arrivé. »

Et qu'importe si les cheminots ont débrayé en masse la semaine dernière pour dénoncer les risques sur la sécurité ferroviaire. « C'est pourtant un vrai signal qui a été envoyé par la base, reconnaît une source interne, sous couvert d'anonymat. Même si la grogne a été orchestrée par la CGT, elle a été massive. » Si la direction ne s'exprime pas sur le nombre d'agents qui ont fait jouer leur droit de retrait, le patron de la CGT-Cheminots, Laurent Brun, avance le chiffre de 17 000 sur les 23 000 cheminots qui devaient travailler à ce moment-là. Des chiffres invérifiables.

« Il n'y a plus de dialogue social à la SNCF »

« La SNCF est une cocotte-minute prête à exploser », prévient Erik Meyer. Signe de la tension qui règne au sein de l'entreprise, le secrétaire fédéral de SUD-Rail n'hésite pas à comparer la situation à la SNCF avec la période noire qui avait suivi la privatisation de France Télécom, touchée en pleine restructuration de l'entreprise par une vague de suicides. « Lors du premier séminaire des cadres après sa nomination à la tête de la SNCF, Guillaume Pepy avait affirmé que l'exemple à suivre était celui de France Télécom devenu Orange », grince Erik Meyer.

« Depuis deux ans, il n'y a plus de dialogue social à la SNCF, souligne le responsable de l'Unsa ferroviaire. On a perdu le statut, la SNCF va être transformée en société anonyme et les trains de voyageurs vont s'ouvrir à la concurrence. C'est trois pour le gouvernement et la direction et zéro pour les cheminots. »

Source : Le Parisien