Grève illimitée à partir du 5 décembre : ne pas payer ses tickets RATP et SNCF, une bonne idée ?

Grève illimitée à partir du 5 décembre : ne pas payer ses tickets RATP et SNCF, une bonne idée ?


Les voyageurs pourraient-ils, face à la grève dans les transports - RATP et SNCF - faire la grève du paiement, ou être exemptés de payer grâce à une grève des contrôles ? Débat.

C’est une vieille rengaine, face aux grèves dans les transports : et si la grève du ticket ou la grève par la gratuité étaient autorisées, pour les usagers ou les contrôleurs ? La deuxième idée est ramenée dans le débat par le syndicat Sud Rail, avant la grève illimitée du jeudi 5 décembre 2019. Idée ravivée par l’annonce des prélèvements des Navigo, malgré la grève à la RATP. Est-ce envisageable ?

« On remplirait l’objectif de blocage, sans impact »

Associer l’usager pénalisé à une « lutte » sans lui faire payer son billet, pour s’attirer son soutien et ne pas l’empêcher de se déplacer. C’est le principe de la grève de la gratuité. Réclamée depuis plusieurs années, cette forme de grève est illégale.

Avec une « lettre aux usagers » en prévision de la grève du 5 décembre, Sud Rail est revenu à la charge, explique son secrétaire fédéral Bruno Poncet à actu Paris : 

Les cheminots travaillent et les gens ne paient pas leur billet. On remplirait l’objectif de blocage économique de la grève, sans l’impact sur les déplacements, ce serait parfait. L’entreprise serait obligée d’écouter.

Les usagers ne seraient plus les dommages collatéraux des grèves, « pris en otage » selon l’expression employée à longueur d’éditos et de réactions politiques. Expression rejetée en bloc par Bruno Poncet, otage au Bataclan le 13 novembre 2015 : « Au lieu de diriger leur colère contre les cheminots, les usagers la dirigerait contre l’entreprise et leurs conditions quotidiennes de transport. »

La SNCF évoque un problème d’assurance

Encore faut-il que les entreprises, SNCF en tête, soient disposées à ce bras de fer sans perturbations. Depuis 2009 et la première proposition de cette forme de grève, la compagnie ferroviaire n’a pas changé d’avis et ne répond plus à ce sujet, notifie-t-elle à actu Paris : « On ne répondra pas à une revendication de Sud Rail en particulier, on parle à tous les syndicats. » 

La compagnie ferroviaire met depuis dix ans deux arguments en avant pour justifier son opposition : « Un ticket, c’est un contrat de transport. S’il y a un accident à bord d’un train, vous pouvez demander des comptes grâce au ticket », disait-elle au Figaro en 2018. Facile d’y remédier, avance Bruno Poncet :

On peut éditer un billet à zéro euro, ça rejoint notre combat pour la gratuité partout. Dans un monde idéal, on ouvrirait les portiques aux usagers. 

Ce que ne feront pas les grévistes, en gare de Saint-Lazare par exemple, tout comme ils ne « vont pas encourager les usagers à ne pas prendre leur billet », explique Bruno Poncet : « Il y aura toujours un non-gréviste pour mettre une amende, ça ne sera pas rentable. »

Pour la SNCF, ce type de grève ferait aussi courir un « risque d’incident aux usagers », en raison d’une potentielle ruée vers des trains qui seraient surchargés car devenus gratuits. Argument « ridicule » pour Bruno Poncet : « À Paris, les lignes B ou D sont déjà blindées. Les gens en voiture ne prendront pas le train pour un jour de grève ! »

« Si on recommence, on nous licencie ! »

Contre toute tentative de pratiquer ce type d’actions, la SNCF a le Code du travail avec elle : les agents qui ne rempliraient pas leurs missions, surtout le contrôle des billets, seraient sous le coup d’une sanction pour « faute professionnelle » ou « faute grave ». En 1989, la SNCF avait intenté 23 procès contre des agents ayant mené ce genre de « grève de la pince ». En 2019, Bruno Poncet n’y croit pas :

Aujourd’hui, si on recommence, on nous licencie ! Ça devrait être massif, mais il y a un problème de solidarité.

Et surtout un gros problème de légalité. Le législateur devrait se saisir de la question et que ce changement majeur du droit de grève soit voté. L’idée de la grève par la gratuité a été défendue, depuis 2009, par de nombreux responsables politiques, de Benoît Hamon (PS) à Marine Le Pen (LR) en passant par Xavier Bertrand (LR). Pourtant, aucune trace d’amendements à l’Assemblée nationale.

Une « proposition consensuelle » soumise au gouvernement

« Quand les gens sont dans l’opposition, ils trouvent l’idée bonne, mais quand ils approchent du pouvoir ils ne veulent plus en parler », a constaté Bruno Poncet. Benoît Hamon et Xavier Bertrand ont tous les deux été ministres. Mardi 19 novembre, le député Nicolas Dupont-Aignan (DLF) a demandé à la ministre des Transports Élisabeth Borne si elle envisageait de légaliser ce type « inédit » de grève : 

Elle aurait un coût bien moindre pour la SNCF et pour la collectivité que les grèves traditionnelles qui paralysent les transports. La paralysie, en particulier en Île-de-France, entraîne des millions d’heures de travail perdues.

Il fait le parallèle avec la grève des urgentistes qui ont tenu leurs postes. Le gouvernement sera-t-il prêt à examiner cette « proposition consensuelle qui permettrait d’éviter l’exaspération des usagers et le pourrissement des mouvements sociaux » ? Il a n’a pas répondu au député. Bruno Poncet est sûr que non : « Il joue le pourrissement pour nous attirer l’impopularité et ne veut pas que ça change. »

À partir du jeudi 5 décembre, à la SNCF comme à la RATP, la grève contre la réforme des retraites est reconductible, sans limite. Et certains syndicalistes sont prêts « à manger la bûche de Noël ensemble ».

Source : Actu Paris