Réforme des retraites : mauvaise surprise si vous avez commencé à travailler avant 20 ans

Réforme des retraites : mauvaise surprise si vous avez commencé à travailler avant 20 ans


Le projet de loi sur la réforme des retraites prévoit de conserver la possibilité d’une retraite anticipée en cas de carrière longue. Si le dispositif est maintenu, il risque toutefois de perdre une partie de ses avantages.

La retraite anticipée pour carrières longues sera-t-elle toujours aussi avantageuse qu’aujourd’hui dans le futur régime universel ? Oui si l’on en croit l’exposé des motifs du projet de loi de réforme des retraites. Il est écrit noir sur blanc dans ce document que ce dispositif de retraite anticipée “sera pérennisé avec les mêmes critères qu’aujourd’hui” et permettra “comme aujourd’hui à 25 % des assurés un départ anticipé à 60 ans”. Or rien n’est moins sûr … car si le dispositif proposé reprend bel et bien “les contours et la logique du dispositif actuel”, il s’en écarte sur l’essentiel, à savoir le montant de la retraite à laquelle pourront prétendre les candidats à un départ anticipé.

Pour mémoire la retraite anticipée pour carrières longues permet à celles et à ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans et cotisé longtemps de partir en retraite avant l’âge légal. Ce dispositif vous permet de percevoir votre retraite à partir de 60 ans, si vous avez la durée d’assurance requise correspondant à votre génération pour bénéficier d’une retraite à taux plein, voire même à partir de 58 ans si vous avez réuni 8 trimestres de plus que cette durée d’assurance et commencé à travailler avant 16 ans.

Pour apprécier si vous remplissez la condition de durée d’assurance, on ne retient que les trimestres validés en contrepartie du versement de cotisations (on parle de trimestres cotisés), ainsi que certains trimestres non cotisés mais réputés comme tels dans les limites suivantes : 4 trimestres de service militaire ; 4 trimestres de maladie ou accident du travail ; 2 trimestres d’invalidité ; 4 trimestres de chômage et pour les femmes la totalité des trimestres de maternité. Vous devez en outre avoir au moins 5 trimestres enregistrés avant la fin de l’année civile de vos 20 ans (ou de celle de vos 16 ans pour un départ avant 60 ans), ou 4 trimestres si vous êtes né en octobre, novembre ou décembre. Mais peu importe que vous soyez vraiment entré dans la vie active à cet âge ou que vous ayez acquis vos trimestres grâce à des petits jobs d’été, des boulots d’étudiants ou en contrepartie de votre service militaire.

Premier aménagement apporté à ce dispositif par le projet de réforme des retraites : il supprime la possibilité de liquider sa retraite à partir de 58 ans. Le gouvernement justifie cette suppression par le caractère marginal de cette mesure : 2.500 assurés seulement en ont bénéficié en 2017. Ce que regrette le conseil d’État qui estime que des considérations d’équité auraient pu justifier le maintien d’un dispositif qui profite à “ceux qui ont eu les carrières les plus longues et les plus contraignantes”.

Second aménagement qui devrait durcir sensiblement les conditions d’accès à un départ anticipé : les périodes réputées cotisées ne seraient plus prises en compte. Autrement dit, on ne tiendra plus compte des périodes de chômage, de maladie, de maternité … pour apprécier votre durée de cotisation. Troisième aménagement qui pourrait sonner le glas des “carrières longues” : les modalités de calcul de la pension qui seront nettement moins avantageuses qu’aujourd’hui. Dans le système actuel, dans la mesure où il faut justifier d’une durée “cotisée” au moins égale à la durée d’assurance exigée pour le taux plein, tous les assurés qui bénéficient du dispositif “carrières longues” partent avec leur retraite entière, sans abattement.

Dans le futur système universel, il est précisé que pour “limiter les conséquences de l’anticipation sur le montant de la retraite” (sic !), la retraite de ceux partant de manière anticipée sera calculée en retenant un âge d’équilibre abaissé de deux années. Soit 63 ans au lieu de 65 ans pour la génération 1975. En clair ? “Les assurés qui partiront en retraite à 60 ans subiront systématiquement une décote de 15 % sur la totalité de leur retraite jusqu’à la fin de leur vie alors qu’aujourd’hui, ils partent avec leur retraite de base à taux plein, et pour ceux qui n’en sont pas exonérés, avec un malus temporaire de 10 % ou 5 % sur leur retraite complémentaire Agirc-Arrco”, explique Dominique Prévert du cabinet Optimaretraite. De quoi plomber sérieusement l’intérêt de ce dispositif…

Source : Capital